L’intégration des TBI et VPI dans les collèges !

MOTIV’SOLUTIONS  a sélectionné cet article qui nous montre l’avancée du numérique dans de nombreux collèges de l’académie. ainsi qu’une mobilisation générale et régionale.

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Éducation. Alors que François Hollande promet des tablettes électroniques à tous les élèves de 5e pour 2016, enquête sur la réalité de l’intégration du numérique dans les collèges. Avec ses avancées et ses limites.

Un vidéoprojecteur connecté à un ordinateur à la place du bon vieux rétroprojecteur. « On abordait la question des lois. En un clic, on a pu être en direct de l’Assemblée nationale et illustrer mon propos »apprécie ce professeur d’histoire à Fleury-sur-Andelle. Comme une précieuse ouverture sur le monde insufflée dans la transmission des savoirs.

Au-delà des seules salles informatiques, dans chaque classe de collège de l’académie, le numérique a rafraîchi sacrément l’enseignement depuis plusieurs années. Les pouvoirs publics ont accompagné cette évolution, investissant lourdement en la matière. Même si les évaluations manquent sur les bénéfices réels en termes de réussite scolaire et que la « révolution » annoncée est encore loin.

« La balle est maintenant dans le camp de l’Éducation nationale ! » Pas peu fier du bilan d’un programme lancé il y a six ans avec un pari financier important (900.000€), le conseiller général de l’Eure, Francis Courel, en charge du dossier, ne se voile pas ainsi la face. Si le département est l’un des rares en France à avoir équipé l’ensemble de ses collèges d’Espaces numériques de travail (ENT), l’investissement n’en a pas pour autant transformé le quotidien scolaire de la grande majorité des adolescents eurois. Ces plateformes – où de nombreux partages de documents et de mutualisation du travail sont possibles – sont le plus souvent utilisées pour leurs services de vie scolaire dans une logique de simple partage d’informations entre enseignants, élèves et parents : relevé des absences, consultation des notes et des devoirs. Quand elles le sont… « C’est un outil qui unifie la communauté scolaire, facile à utiliser. Néanmoins nous devons rester très attentifs au fait qu’il faut éviter le travers des réunions profs/élèves qui servent souvent à ceux qui en ont le moins besoin. Il faut surtout que la pédagogie s’empare des ENT » juge l’élu avec un argument de poids sous le bras : les résultats (mitigés) de l’évaluation qui vient d’être faite de l’utilisation de cette innovation numérique auprès d’un échantillon de six collèges de son département.

En Seine-Maritime aussi, après avoir relevé l’engagement d’équipement de masse des collèges en ordinateurs , l’installation de ces fameux ENT a été la grande affaire numérique de ces dernières années. Après avoir peu convaincu en distribuant sans accompagnement des clés USB aux collégiens, il a pataugé pendant deux ans, victime d’un fournisseur numérique indélicat. Depuis la rentrée de septembre, le système d’ENT Arsene76 donne enfin satisfaction. Mais avec toujours les mêmes limites. «La dimension pédagogique est très loin d’avoir atteint son potentiel. Il n’est pas suffisamment adapté à l’édition numérique et pas totalement approprié par les équipes pédagogiques. Pour des questions d’appétence ou de formation » juge le président du conseil général de Seine-Maritime, Nicolas Rouly, sensibilisé depuis longtemps à ces enjeux en tant qu’élu du Grand-Quevilly. La ville de Laurent Fabius, le père du Plan Informatique pour tous en 1985, dont les résultats restent controversés… « Il ne faut pas penser que l’outil informatique suffit. Il y a là de gros enjeux » insiste justement Nicolas Rouly.

GRANDE CONSULTATION NATIONALE EN JANVIER

Face à cette exigence des financeurs du matériel, l’État veut montrer qu’il suit le mouvement. L’annonce de François Hollande d’équiper en tablettes l’ensemble des élèves de classe de 5e s’accompagne du lancement d’une grande concertation à partir de janvier du monde éducatif autour du numérique. Enseignants, parents d’élèves, éditeurs de livres et industriels y seront conviés. Et l’administration de l’Éducation nationale s’est déjà mise en ordre de bataille avec la création dans chaque région d’une véritable délégation académique au numérique.

Malgré cette marche un peu forcée et parfois désordonnée, le numérique élargit déjà les horizons. Sans attendre, dans la région, à Montivilliers, à Pavilly, à Val-de-Reuil ou ailleurs, des enseignants ont commencé à bousculer leurs pratiques pédagogiques avec bonheur. Mais aussi souvent en comptant d’abord sur leur propre motivation et celle de l’équipe qui les entoure.

À y regarder de plus près, c’est peut-être d’abord pour entretenir et propager cette flamme-là qu’il faudrait investir. Plutôt que d’offrir aveuglément demain des tablettes à quelque 800.000 collégiens.

THIERRY DELACOURT

A Montivilliers, des professeurs higt-tech au collège Belle-Étoile…

REPORTAGE. Il y a une quinzaine de jours, le collège Belle-Étoile de Montivilliers a reçu une livraison très attendue : une trentaine de tablettes numériques rangées dans des valises pédagogiques prêtes à l’emploi. C’est le dernier élément à se mettre en place dans un établissement qui s’est tourné assidûment dans la transmission des savoirs par le biais des outils informatiques. « C’est un choix assumé dans la politique de notre collège » assure Gilles Moyon, le principal de Belle-Etoile. « L’an passé, nous avons choisi d’investir 20 000 € de notre dotation dans l’informatique. Nous aurions pu privilégier d’autres équipements. Mais c’est ainsi, nous croyons que l’enseignement numérique est l’une des clefs de la réussite de nos élèves. » Et si le principal parle à la première personne du pluriel, ce n’est pas un hasard car ici les professeurs s’affirment high-tech et n’hésitent pas à jouer du stylo numérique sur de magnifiques tableaux blancs interactifs.

« Pour les tablettes, la moitié des professeurs du collège s’est inscrite à la session de formation », exulte Gilles Moyon. « Je peux vous assurer qu’il s’agit d’un fort taux de participation, bien au-dessus de la moyenne en termes de formation. » Jean-Pierre Fiquet, professeur d’histoire-géographique en serait presque à se demander comment il a pu travailler sans son vidéoprojecteur, sans son tableau interactif. «Dans ma discipline, le numérique a bouleversé la manière de transmettre », assure l’enseignant. « De toute évidence, je ne peux plus m’en passer. Ça permet de dynamiser un cours, d’offrir à voir des cartes en couleurs, des documents vidéo… Et puis, quand il s’agit de manipuler le stylo numérique pour déplacer des blocs sur l’écran ou sélectionner un onglet, les candidats pour aller au tableau numérique sont plus nombreux qu’au tableau noir. » Et le professeur de noter que ses élèves sont plus attentifs, car un cours à base de numérique est de fait plus interactif, donc moins rébarbatif. Les élèves, eux aussi, plébiscitent l’outil informatique au sein de la classe. « C’est souvent plus intéressant et dans mon cas, je retiens mieux la leçon » indique Louis, élève en 5e.

Son copain Mattéo remarque également que le numérique peut se révéler pratique. « En sciences, le professeur utilise une mini-caméra qui permet à toute la classe de voir parfaitement l’expérience qu’il est en train d’exécuter. » Frédéric Rabat, professeur-documentaliste en charge des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE) au sein du collège, est un fervent supporter de l’entrée du numérique dans les établissements scolaires. « Ici, à Belle-Etoile, tous nos élèves sont bien équipés chez eux. Mais à la maison, pour les adolescents, l’informatique est essentiellement de nature ludique. Au collège, ils appréhendent son côté pédagogique, utile. Pour l’école, il est important de ne pas rester en dehors d’un monde dans lequel les jeunes sont immergés au quotidien. »

Le numérique révolutionne également la hiérarchie verticale entre profs et élèves. « Avec une recherche sur internet en direct, l’élève accède à la connaissance et relativise celle de l’enseignant. Quand c’est bien maîtrisé, ça permet d’enrichir le cours », soulève Gilles Moyon. « Le concept du copier-coller, l’un des grands principes d’internet, nous oblige à ne plus concevoir le copiage uniquement sous l’angle de la triche » confirme Frédéric Rabat. « Ce sont des remises en cause passionnantes à défricher. »

Avec le complément du système Arsene76 lancé par le département de Seine-Maritime, les parents des collégiens de Belle-Étoile peuvent également être connectés à l’établissement et suivre la vie scolaire de leurs enfants. « Le numérique à l’école doit être vécu comme un progrès qui facilite le suivi des parents, la transmission du savoir pour les enseignants et l’acquis pour les élèves. En fait, ça complète le rôle de l’école sans le dénaturer dans ses missions fondamentales » poursuit Frédéric Rabat.

Et la sagesse vient parfois des plus jeunes. « Savoir écrire sur papier ou consulter des livres, ça reste essentiel pour notre avenir. Le numérique, c’est bien, mais ça ne fait pas tout », intervient Louis du haut de ses douze ans. Alors là, la souris nous en tombe des mains…

PHILIPPE LENOIR

Des écrans juste utiles ou incontournables

Quand on regarde l’investissement public ces dernières années dans la région en matière d’informatique au collège on peut avoir le sentiment d’une certaine frénésie, sans beaucoup d’évaluation ? Qu’en pensez-vous ?

Philippe Thénot « L’État et les collectivités sont extrêmement attentifs à ce dossier. L’École ne peut pas ne pas tenir compte des évolutions technologiques qui traversent la société. Si elle ne se soucie pas du numérique, les élèves eux, s’en soucient. Et si on ne les accompagne pas, les inégalités vont s’accroître.

L’objectif c’est que nos élèves obtiennent de meilleurs résultats avec l’utilisation d’outils numériques. Et parmi les éléments qui font que l’académie obtient de meilleurs résultats depuis plusieurs années, je pense qu’il y a le fait que les enseignants utilisent de plus en plus de pédagogie numérique. Une frénésie ? Non, nous en sommes au stade de la généralisation. C’est un chantier important, mais c’est magique ! »

Anne Koechlin : « Un effort important en termes de matériel a été réalisé ces dernières années : la grande majorité des classes sont équipées d’un ordinateur et d’un vidéoprojecteur. En même temps, le lancement des espaces numériques de travail s’est fait non sans difficulté, tout particulièrement en Seine-Maritime, et il y a un déficit de formation important. On n’utilise souvent que Word et on n’a pas forcément d’idées de comment on pourrait s’en servir pour modifier son enseignement ».

Qui sont les premiers bénéficiaires de cet effort, et notamment de la généralisation des espaces numériques de travail ? Les enseignants, les parents, les élèves ?

P.T « Les élèves bien sûr. Par exemple, l’espace numérique de travail (ENT) permet aux parents de suivre au plus près la scolarité de leur enfant et d’éviter ainsi qu’il traverse des périodes de décrochage. Ce n’est pas une question de surveillance mais d’aide, de soutien des parents. L’outil permet de créer une communauté. Les ENT sont également un outil précieux pour les élèves en situation de handicap ».

A.K « Les espaces numériques de travail sont essentiellement utilisés dans le domaine de la vie scolaire. Cela permet par exemple de faire l’appel en ligne, ce qui est un vrai gain de temps. Sur le plan pédagogique, en permettant de montrer des documents, de multiplier nos sources, cela rend nos cours plus vivants et cela a simplifié l’enseignement.

On peut aussi disposer en petits groupes de salles informatiques. Mais cela a aussi ses limites de mettre un élève devant un ordinateur. C’est souvent effrayant le temps que ça prend. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’y a pas de pratiques si familières de l’écriture informatique. »

À vos yeux, quelle sera la prochaine étape dans ce développement du numérique au collège ? Passe-t-elle forcément par l’attribution d’une tablette à chaque collégien de 5e comme l’a promis François Hollande pour la rentrée 2016 ?

P.T « On a réduit les projets du Président de la République à la question de l’équipement numérique, mais il s’agit d’un plan plus vaste qui intègre une réflexion et des actions en termes d’usages et de formations. Dans ce contexte national, l’académie met d’ailleurs l’accent sur la formation aux usages pédagogiques puisque le deuxième axe du projet académique 2014-2017 vise à former un élève connecté et participatif ».

A.K « Pourquoi pas. Un président s’attaque à la difficulté scolaire avec un outil plus ludique. Mais si les enseignants ne sont pas formés et si la maintenance ne suit pas, cela est-il vraiment utile ? Il vaudrait mieux trois élèves en moins par classe qu’une tablette en plus dans chaque cartable. Ce serait plus rentable !

Et puis, il faut aussi se méfier du rôle prépondérant des écrans dans nos vies. C’est bien aussi que l’école soit une parenthèse, qu’elle montre qu’il y a aussi une vie en dehors des écrans. »

PROPOS RECUEILLIS PAR T.D.

(*) Syndicat national des enseignements du second degré, majoritaire auprès des enseignants de collèges et lycées.

A Pavilly, cours avec le tableau interactif au collège Les Hauts du Saffimbec

REPORTAGE. Une belle image de la révolution en marche. Pavilly, collège Les Hauts du Saffimbec, 500 élèves, 37 enseignants. Sur le tableau blanc interactif (TBI), Constance, une élève de 3e Dix (du nom du peintre allemand) corrige au stylet les paroles anglaises de la chanson d’Echosmith « I wish could be like the cool kids » dont des extraits ont été entendus il y a quelques minutes par toute la classe, par la grâce d’un simple clic en direction de YouTube. La professeur de langues, Emmanuelle El Massaoudi, enchaîne avec aisance les utilisations des outils numériques qui l’entourent, en y associant des élèves très participatifs. « Le TBI est important car il représente ensuite la mémoire de tout le travail que l’on fait en classe. Sous forme de PDF ou sous Open Office, les élèves peuvent ensuite retrouver les documents.C’est aussi le moyen le plus sûr pour que les élèves regardent tous la même page », analyse l’enseignante, convaincue depuis déjà longtemps des vertus pédagogiques du numérique. « Cela me fait gagner aussi un temps précieux en cours même si c’est beaucoup de préparation ». En tout cas, chez les 3eDix on semble apprécier. « Cela donne plus envie d’apprendre », assure Corentin.

Oui, une belle image… un rien trompeuse. D’abord parce que ce TBI est l’un des seuls en fonctionnement ici, les quelques autres étant partagés entre plusieurs professeurs. Ensuite, parce que dans ce collège tout neuf, inauguré il y a deux ans, les ordinateurs n’ont pas suivi et un bon nombre d’entre eux est menacé par l’obsolescence. Surtout, le débit actuel disponible rend toute utilisation de masse illusoire. «Quand les 30 ordinateurs de la salle informatique sont allumés, ce n’est pas la peine. Chaque opération dure trop longtemps….» , constate elle-même la principale de l’établissement, Sophie Perrat, pourtant convaincue de l’importance du virage à prendre. « Le numérique est effectivement en train de révolutionner le métier d’enseignant car il se trouve face à des élèves qui sont capables de chercher directement l’information. Après, nous devons faire aussi en fonction de la façon dont chaque enseignant s’approprie les outils numériques », avance, diplomate, la responsable.

« ON DOIT ENCORE SE FORMER TOUT SEUL »

Autant dire que la pédagogie numérique – priorité mais pas contrainte – est une condition d’individualité. Et de volonté. « Il ne faut pas croire. Moi j’ai dû me former toute seul. Et heureusement que j’ai un mari prof de technologie ! Si on veut se former au numérique grâce au plan académique de formations ce n’est pas simple ! » témoigne, tout de go, Emmanuelle El Massaoudi, jetant une ombre sur les jolis chiffres affichés par le rectorat.

Ici comme ailleurs, les vertus collaboratives du numérique sont confiées aux Espaces numériques du travail et à leur fameux Arsene. Pourtant dans cette même classe de 3e, cinq élèves reconnaissent ne jamais avoir utilisé la plateforme électronique et ne pas pour autant être largués. Quelques instants plus tard, au Centre de documentation et d’information (CDI), un collégien, choisi au hasard pour une photo, aura bien du mal à ouvrir le logiciel Pronote de gestion de la vie scolaire. En fait, c’est la première fois qu’il s’en servait.

Emmanuelle El Massaoudi a encore voulu dire un petit quelque chose : « Vous avez vu, dans cette classe, malgré tout, il y a toujours des livres ».

T.D

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