La modification de la façon d’enseigner avec les TICE

Modéliser l’intégration des TICE dans l’enseignement

L’écart est immense entre les premiers objets de type « TICE », et ce que l’on peut nommer ainsi aujourd’hui. Dès 1973, Huberman , explique qu’il n’existe pas une théorie qui puisse relier toutes les composantes des processus de changement étudiées en éducation. Baron et Dané confirment en 2009 ce qu’il avait constaté : « Il n’y a pas de cadre théorique spécifique en recherche sur les technologies éducatives. La principale raison vient de leur évolution, forme d’instabilité qui appelle des approches d’essai. » [1]

La dynamique générée par l’évolution technologique demande pour commencer de définir une typologie des activités TICE. Nous pouvons reprendre les travaux de Poellhuber et Boulanger en 2001 cités par Nicole Perreault [2].
Il existe trois types principaux d’activité TIC :

  • Les activités de production et de gestion
  • Les activités de diffusion multimédia
  • Les activités d’apprentissage interactif

L’introduction des TICE dans l’enseignement impacte directement l’activité de l’enseignant et celle de l’élève. Il est fondamental de savoir si les bénéfices attendus, principalement sur les apprentissages sont bien au rendez-vous. Cette introduction génère-t-elle une modification en profondeur des pratiques professionnelles de l’enseignant ?

Il me vient à l’idée de poser la problématique suivante : Plutôt que de parler d’utilisation des TICE, ce qui les renvoie à leur position d’objet ou d’outils ne serait-il pas plus pertinent d’aborder l’utilisation des TICE, comme une attitude ? Au sens d’être TICE ou non, telle serait la question… Cette hypothèse reprend le constat souvent fait, discriminant en deux groupes distincts, les réfractaires et les adoptants, ces derniers tentant souvent d’en faire toujours un peu plus. L’outil disparaît au profit de l’approche. Il n’y a plus tel ou tel logiciel à utiliser, mais une approche globale à envisager. Les TICE ne s’objectivent plus, elles deviennent la possibilité de production de flux dynamiques que nous pouvons séparer suivant les objectifs principaux visés :

  • Le flux pédagogique
  • Le flux didactique
  • Le flux communicationnel.

La question centrale n’est plus celle du logiciel, de l’application ou du support physique, mais celle des attitudes globales de l’élève et de l’enseignant tricotées dans le temps avec les fils du numérique.

La démarche TICE serait donc, celle qui, in fine, ne permettrait pas de découper l’ouvrage sans le perdre. A la notion d’outil utilisé, et sans théorisation possible, il semble plus pertinent d’y apporter une vision globale, tout en faisant apparaître une typologie des moyens et des objectifs.

L’utilisation des TICE dans le quotidien de l’enseignant prend donc une dimension « totale » qui ne peut se laisser enfermer dans un matériel ou un logiciel en particulier. C’est une approche spécifique, qui déborde largement du cadre de la classe, prenant ses racines dans les tréfonds de recherches ou d’activités souvent solitaires du professeur, se poursuivant dans la classe et dans l’établissement scolaire et pouvant bourgeonner à l’extérieur de la classe. Les changements générés diffusent sur l’enseignant, sur l’élève mais aussi sur l’établissement.

Il ne parait pas anormal que l’institution ait bien des difficultés à définir, cadrer, ou même favoriser les démarches TICE, celles-ci pouvant vite se trouver au plus profond de l’activité enseignante ou au contraire faire apparaître un réseau tellement complexe de ramifications, de prolongements, et de freins que le premier pas peut sembler trop coûteux à franchir par le professeur néophyte ou l’établissement scolaire d’exercice. La praxéologie et l’approche systémique (Voulgre 2011) se trouvent naturellement au cœur de la réflexion.

L’étude de l’intégration des TICE dans l’enseignement émerge petit à petit malgré la difficile théorisation. Le modèle TPaCK pour Technology, Pedagogy et Content Knowledge présenté sous la forme de diagrammes de Venn, bien connus en mathématiques, permet de construire une ébauche de représentation. Nous y reconnaitrons la Technologie Numérique, la Pédagogie et ce nous nommerons la Didactique. Le modèle est composé de trois cercles imbriqués dont l’intersection centrale serait le cœur, comprenant les éléments qui regrouperaient simultanément les trois composantes.

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